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Charente libre 27 août 2002 - Bernard Dexet

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Chabanais : colère noire pour une coupe claire

La haie qui se trouve à l'entrée de l'arboretum du Chêne Vert a été sévèrement coupée.

Son propriétaire-créateur, Jean-Louis Vignaud, ne décolère pas

page Charente Limousine :

L'arboretum de Chabanais pleure sa haie

légende de l'image : Jean-Louis Vignaud montre à Valérie Gerbaud, déléguée du collectif du Chêne-Vert, la haie victime du rotobroyeur. Photo B D

Un malencontreux coup de rotobroyeur a défiguré l'entrée du Chêne-Vert.

Un vrai traumatisme estime le propriétaire.

Jean-Louis Vignaud, le propriétaire-créateur de l'arboretum du Chêne Vert, juste à la sortie de la zone urbanisée de Chabanais en direction d'Etagnac dans le fameux virage "témoin" d'un nombre incalculable de sorties de route, est un homme zen. Ceux qui le connaissent savent qu'il est proche de la nature. Elle a d'ailleurs pris possession des lieux entre la RN 141 et la Vienne sur un grand terrain pentu où il a su non seulement dissimuler son havre de paix mais également organiser ce que certains pourraient prendre pour un fichu désordre. Jean-Louis Vignaud a même réussi à intéresser les responsables de l'inventaire des monuments historiques, l'association des parcs botaniques de France, la DlREN (Direction de l'Environnement), en un mot son patient et tenace travail est sur le point d'aboutir pour l'arboretum auquel il tient plus qu'à la prunelle de ses yeux.

Tout irait pour le mieux dans la meilleure des natures qui soit si, jeudi 22 août, la haie située le long de la route nationale n'avait subi l'agression fatale de l'une de ces diaboliques "écharogneuses" (c'est ainsi que Jean-Louis Vignaud appelle les tondeuses rotatives fixées sur les tracteurs). Dans un courrier adressé à la DDE par Bernard Louvel, représentant du collectif du Chêne Vert créé à la suite de la tempête de 1999, ce dernier se demandé "comment l'Etat, d'un 'côté, peut accorder une subvention pour panser les plaies causées par la tempête et de l'autre laisser un peu plus tard un de ses services détruire des plantes au même endroit".

Touche pas à ma haie

L'histoire serait banale si elle ne touchait pas l'entrée de l'arboretum. Jean-Louis Vignaud a rencontré en début d'année les responsables de la DDE de Chabanais pour "sceller" un pacte de non agression contre la fameuse haie. En laissant vierge une bande de 2 m pour la circulation des piétons voire l'arrêt d'une voiture, le long de la haie avec l'obligation faite à Jean-Louis Vignaud d'empêcher dame nature "d'outrepasser ses droits" le problème semblait régler. Las, la machine a eu raison du pacte dans des circonstances douteuses.

A la DDE, le chef adjoint, a effectivement eu connaissance du casus belli mais il assure "que l'employé a demandé aux deux voisines de la haie l'autorisation de tailler une partie des acacias." Jeanne Vignaud, la mère de Jean-Louis Vignaud et Marguerite Tournier sa tante, sont les deux voisines que l'employé a rencontrées.) Elles confirment la visite du tailleur de haie mais donnent leur version de l'entretien. "Nous lui avons dit effectivement qu'il pouvait tailler les acacias encore que je les coupe pour donner aux lapins, mais c'est tout. En aucun cas nous aurions dû le laisser faire sans surveiller. Ils ont tout coupé!" pestent-elles. En effet, la haie a sacrément été diminuée. Acacias, néflier, buis, glycine, lilas, la machine n'a pas fait la différence.

Et c'est cela qui met Jean-Louis Vignaud en colère. Selon lui, "l'entrée de l'arboretum est aujourd'hui saccagée alors que le dernier sinistre n'est pas réglé." Il enrage parce que cette haie ne se trouve pas sur la voie publique! Pire, Jean-Louis Vignaud craint que maintenant l'espace ainsi dégagé se transforme en parking. L'endroit est si dangereux qu'il n'ose imaginer ce qui se passera à la prochaine sortie de route d'un automobiliste imprudent. Il a alors pris le taureau par les cornes et planté une rangée de piquets pour délimiter la "frontière" de l'arboretum avec des serpentins rouge et blanc. On ne peut pas dire que ce soit très beau, mais c'est sa façon à lui de ruer dans les brancards.

Lundi matin, Valérie Gerbaud déléguée du collectif du Chêne Vert est venue de la Creuse pour constater le travail du roto broyeur et faire un rapport.

Les 35 membres de l'association seront ainsi informés que le Chêne Vert a été agressé. "Nous préférons croire qu'il s'agit d'une regrettable bêtise et non d'un acte délibéré" écrit Bernard Louvel dans sa lettre à la DDE.


la Gazette des jardins - septembre 2002

Massacre à « l'écharogneuse »

Il était une fois un arboretum, abritant de multiples espèces botaniques. Il restait beau et naturel . . .
jusqu'à ce que la DDE et ses rotobroyeurs s'en mêlent. Témoignage en avant-première de notre futur dossier "Les jardins de nos communes" à paraître en janvier 2003

Je ne peux pas commencer sans vous parler d'abord de la victime ! L'arboretum du Chêne-Vert, situé à Chabanais, en Charente, entre la RN 141 (Clermont-Ferrand - Limoges - Saintes) et la Vienne, n'est pas un de ces arboretums où les arbres sont étiquetés et alignés comme au supermarché, non, c'est un endroit extraordinaire où les arbres et les arbustes sont « chez eux », qu'ils viennent du bout du monde ou qu'ils soient indigènes, un endroit où la nature (laissons les majuscules à ceux qui font des discours) retrouve quelques uns de ses droits ; 2300 espèces environ, presque toutes botaniques (très peu de cultivars et d'hybrides), un endroit ouvert au public où les passionnés peuvent passer des heures à discuter avec le créateur de cet endroit, Jean-Louis Vignaud. L'arboretum est un lieu ouvert : il accueille les visiteurs qu'ils soient novices ou férus de botanique, des associations, des scolaires, des professionnels etc. Fondé il y a 25 ans environ, l'arboretum a été officiellement inauguré le 1er mai 2001, en présence des élus locaux, du préfet et d'une représentante de l'A.P.B.F. Le C.C.V.S. a classé deux collections comme « collections agréées ». L'arboretum est aussi un refuge L.P.O.

Comment la volonté d'accord de l'arboretum avec la DDE entraîne le désastre

Soucieux d'un bon accord avec la Direction Départementale de l'Équipement, Jean-Louis Vignaud a rencontré en début d'année les services de la DDE de Chabanais afin de déterminer la limite d'implantation de la haie à replanter cet hiver ; travaux de réfection nécessaires suite aux divers sinistres automobiles intervenus dans ce virage (non à cause d'un manque de visibilité, mais simplement pour cause de vitesse et/ou alcoolémie excessives). Lors de cette rencontre, il a été convenu aussi que l'arboretum prenait en charge l'entretien de la haie sans nouvelle intervention de la DDE. Afin de rendre le lieu plus en adéquation avec le rôle de l'arboretum et sa situation en entrée de village, la DDE acceptait aussi de déplacer un panneau de signalisation. La limite de la propriété est située à 2 m des pointillés de bord de route et l'axe de la haie est situé à 3 m de cette limite (un espace tout à fait « confortable » pour les plantes arbustives envisagées et pour un sous-étage de couvre-sols herbacés suffisant à la faune associée).
Bref, tout allait bien dans la meilleure entente possible jusqu'à ce triste 22 août 2002. Ah, ils n'y sont pas allés de main morte !

Nous les connaissons tous, ces tracteurs de la DDE (ou parfois des communes) équipés de hachoirs et broyeurs en tous genres qui « entretiennent » les haies au bord des routes. Qui ne les a jamais vus, rabotant jusqu'à l'os, si on peut dire, les haies aussi loin que le bras de l'engin peut aller, souvent même, pour des raisons parfaitement obscures, nettement en hauteur ou en contrebas de la route en question, fauchant impitoyablement les fleurs dans les fossés, rasant l'herbe au plus court même si elle n'a presque pas poussé depuis la dernière tonte et laissant les arbres et les arbustes dans un état lamentable, branches de plusieurs centimètres de diamètre hachées, broyées, massacrées.

Et bien, en ce 22 août, le rotobroyeur (je préfère le terme « d'écharogneuse » inventé par une amie !) a ravagé la haie de l'arboretum du Chêne-Vert qui borde la nationale, entrant de 2,50 m à l'intérieur de la propriété privée (c'est-à-dire à 4,50 m du bord de la route), saccageant la haie au point de rendre certains arbustes non identifiables ! Ce que les voitures avaient accidentellement commencé, la DDE l'a terminé volontairement. Poursuivi presque jusqu'à Limoges, le massacre n'a pas épargné les plantes grimpantes des maisons en bord de route, même le mur en pierre du parc qui fait face à l'arboretum, de l'autre côté de la nationale, porte la marque de l'écharogneuse !

D'un côté, les pouvoirs publics reconnaissent l'arboretum du Chêne-Vert » : la DIREN lui a décerné le label « merci dit la planète », il a même reçu une petite subvention du département pour réparer les dégâts de la tempête et le site est en cours de classement au niveau du ministère de l'Environnement ; de l'autre côté, ces mêmes pouvoirs publics utilisent l'argent des contribuables pour détruire : je ne sais pas si vous y voyez une logique, mais moi pas !

Au-delà de l'arboretum bousillé, on voit bien qu'il s'agit d'un problème général

D'après ce que j'ai pu voir en me baladant sur les routes de notre pays, ce jeu de massacre concerne de nombreux départements ; pourtant, l'argument de la sécurité des usagers de la route est encore moins solide que pour les tronçonnages des platanes : quelque besoin y a-t-il de raser d'aussi près les haies ? Près de chez moi, dans l'Allier, le bocage n'est plus que le fantôme de lui-même aux abords de la N 144 : tout ce qu'on voit, ce ne sont pas des haies mais de maigrichonnes délimitations des prés, tout juste assez hautes pour empêcher une vache de sauter, et avec très peu de « vert » surtout quand l'agriculteur poursuit sur l'autre face de la haie le travail de destruction de la DDE.

Ça n'a pas poussé ou si peu pendant les mois d'été ? Pas grave, on tond quand même au retour des congés, tout comme on a tondu au printemps quand les arbustes tentaient sottement de fleurir.
Le résultat : le spectacle désolant d'arbres et d'arbustes réduits à des moignons, de branches grossièrement cisaillées, même pas coupées proprement (leur arrive-t-il d'affûter leurs damnés engins ?).
Évidemment, personne ne conteste qu'il faut préserver la sécurité des usagers de la route en taillant proprement les haies et en tondant les fossés autant que nécessaire.
Mais pourquoi le fait-on souvent à des périodes préjudiciables pour la faune et la flore ? Et pour quelle obscure raison dégage-t-on des routes, y compris en ligne droite, à plus de 5 m du bord de celles-ci, hachant la végétation aussi haut et aussi bas que possible, là où elle n'a strictement aucun impact sur le champ de vision des usagers de la route ? Pour que la route paraisse plus large et que les voitures roulent plus vite ? Et bien dans ce cas, c'est parfaitement réussi !

En dehors de l'absence totale de logique de cette démarche, qu'est-ce que cela cache ?

On a non seulement l'impression d'un mépris total du vivant, d'une ignorance délibérée, mais aussi d'une volonté de domination absolue, presque d'une haine à l'égard de ces arbres et arbustes ; il faut rabaisser (au sens propre et au sens figuré) la haie à son rôle minimum de clôture et ne pas laisser dépasser un centimètre de verdure de plus. Vous connaissez le mot magique ? Ça fait PROPRE. Voilà. C'est même plus « bien dégagé sur les oreilles », c'est carrément la coupe en brosse réglementaire dont il ne doit rien dépasser, pas la moindre brindille.

Je sais pas vous, mais moi, j'en ai assez de voir saccager nos paysages : non seulement, on arrache encore les haies de bocage (là aussi, les contribuables payent pour l'arrachage et la replantation, toujours la même « logique » !), mais on saccage les survivantes ! Et, si je ne craignais pas d'être trop longue, je vous parlerais bien de ces arbres de bord de route dont on taille sauvagement des branches parfois très grosses, causant parfois des dommages irréversibles, et jusqu'à des hauteurs incroyables ; le résultat : des troncs immenses aux formes grotesques, défiant les lois de l'équilibre, et en haut, un peu de feuillage à des hauteurs telles que deux semi-remorques pourraient passer… empilés l'un sur l'autre !
Qu'est-ce que la nature nous a fait pour que nous la traitions comme ça ?
Peut-être qu'à force d'actions comme celle de l'arboretum, soutenues par le relais que vous représentez, on peut espérer faire au moins réfléchir un peu les responsables, élus ou non.

Pascale RIU (Puy-de-Dôme)

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