en coup de vent

 

coup de vent

où redessiner un jardin à 160 km/h

 

et maintenant, on fait quoi ?
nettoyer ? non, ça, c'est le vent qui vient de le faire
faire le tour dedans
recommencer
encore une fois
pour bien s'imprégner du nouveau décor
et s'asseoir un peu haut, une bière à la main
la machine au garage
laisser l'oeil s'égarer
noter où il s'arrête
changer de point de vue
vérifier si les notes sont toujours sur la même portée
c'est marrant
le pin sylvestre
couché à quarante cinq depuis déjà l'avant -dernière
tempête d'il y a dix ans
n'a pas pris un degré de plus en moins,
comme quoi un arbre à demi arraché n'est pas forcément de mort assuré
c'est moins marrant
avec un retour sur image des vingt dernières années
l'ensemble du paysage embrassé
cette fin de petite vallée
s'est singulièrement nivelé
je veux dire de ces lieux
rendus nus par un temps pour un nouvel élan
et qu'On a bien pris soin de laisser déserté
le paysan finit de tout dépayser
le fonctionnaire dégage les oreilles
Prévert est mort
un homme ou deux s'essoufflent encore
le pêcheur s'est enfui vers d'autres lieux de stupre
d'autres culs de fourrés où la peur rebondit
le propre de la mort s'installe
tant
qu'enfin mon îlot seule vie
encore bandé sur ce corps épilé
n'est point mât de cocagne ni drapeau blanc levé
juste un nid, un repère
pour la taupe et le petit oiseau
rempli de ces lumières aux parfums bariolés
y aller m'endormir sur la pointe des pieds

et au réveil . . .