l'allée

 

l'allée

 

et venue

 

Le soleil seul n'est rien, mais l'ombre, c'est elle qui nous dit

 

Creuser une rigole, la laisser se marer en dépression, border une allée d’haies buissonnières, c’est dessiner une rivière, un fond de vallée, où l’eau, le vent, s’écoulent, jaillissent aussi parfois ou s'étalent paisiblement ; courant, ruisseau, rivière etcetera sont : simples allées à dessein de ma "carte du tendre"

l'allée d'eau d'ici

. . . et c'est toujours à but de même dessin que l'allée, cet espace incertain entre un dedans et un dehors, sera simplement bordée, ruellée ou en voûtée ; bordée d'herbes, d'arbustes, d'arbres, ou tous mélangés ; l'une pour voir, l'autre pour participer, l'autre encore pour se voir, ou une seule pour y vivre la plénitude

Se promener à quatre ou dix, ce n'est pas la même promenade que seul avec le chien, et c'est encore une autre allée qui nous enlace l'un l'autre aussi un moment ; chaque courbe, par son rayonnement trace une histoire future différente ; chaque inclinaison, de l'allée qui monte, descend

La ligne droite n'existe pas dans la nature ; elle ne peut être qu'oeuvre humaine, et si peu animale, pas plus que végétale, à peine minérale ; parce que la ligne droite, route hyper-colonisatrice goudronnée des bons sentiments et bornée de cathédrales policées est certitude ? sans doute

On a voulu m'apprendre la ligne droite, à l'école déjà et ailleurs aussi après et encore ; une ligne entre deux point, donc une seule possibilité du droit chemin . . . bon, mais le point, de départ ou d'arrivé, comment le représenter par une ligne droite ? Comment relier avec certitude deux interprétations de l'esprit ?

 

. . . aller vers, venir de, ou être en
artère passage sente sentier, parfois battus
Parsemée d’embûches
d’où se relever, d’obstacles
à contourner
allée, chemin, route, voie
aller cheminer passer partir revenir, "dis papa, c'est loin ?"
le chemin, c’est la trace que tu laisses
pour ceux qui passeront plus tard
peut-être une piste ? pour eux ?
de toi

 

La ligne droite, même courbe, ne trace toujours que le passage de l'homme, forcément, mais simplement par ses décors artificiels, comme pour souligner l'éphémère des sens, j'aurais pu écrire décence mais la décence de l'artifice s'évapore plus vite que les sens.
Elle sait bien la ligne droite même courbe que son pouvoir n'est à ce titre que destructeur ; elle ne prend aucun risque à mutiler, à niveler, à raser, à atrophier, à tronquer, à amputer, jusqu'à son bord d'où je la vois passer, inquiet que ce provisoire ne s'installe en chemin par une volonté

Peut-être est-ce encore un autre repère entre nature et jardin, cette empreinte aussi forte laissée par de trop nombreux passages obligés

Par contre, ou sans rapport, il est certain que les bords sont naturellement parallèles, quelque soit la bête ou l'engin qui dessine l'allée

Le point de fuite n'est pas redouté mais au contraire attirant, le vrai point de fuite d'un chemin étant le point de départ ; le reste est cheminer, sans même penser que c'est la trace laissée qui sera le chemin ; et plus tu connais le chemin, plus tu en éloignes le bout, le but, qu'il devient au fil des pas moins important d'atteindre

 

y'a une lumière au bout du chemin
mais c'est le chemin qui manque ?
au deuxième pas, tu commences à le tracer
et quand tu arrives au bout, la lumière, c'était le chemin
puisqu'un bout n'a que le sens d’être peut-être
sans mouvement, sans évolution possible
sans importance, sans intérêt
c'est le conduit du cheminer qui nous entraîne

 

Le pont, sur le ruisseau, comme symbole de ligne droite courbe éphémère c'est l'anse du panier, pas l'oiseau de la cage d'osier où l'on fait grimper le rosier qui voulait, . . . le pont est beau parce qu'il est beau, et à ce titre indispensable. Il n'a jamais été utile, nous avions le temps de faire le tour, quand "c'est le temps qui nous compte" ; le pont n'a pas besoin d'allée à chaque bout pour venir ou partir ; il ne se passe pas puisqu'il est fin en soi ; c'est le milieu qui nous importe pour y voir filer l'eau sous nos pieds assis sur le rebord d'un monde

L'allée est un ruisseau où nage l'homme tranquille entre deux berges rassurantes ; elle, chemine, dans tous les sens, sans interdits puisqu'elle chemine, à la recherche d'un parfum à l'autre, s'égare d'une couleur à la rosée, titube d'une lumière vers une ombre, s'excuse devant le cèdre, avant de se noyer, entre pâquerettes et nénuphars ; le chemin dont on connaît l'issue ne mérite plus d'être parcouru

Si je n'avais pas vu la trace de mon chien, peut-être en aurais-je dessiné une autre ailleurs, et peut-être alors, que lui aussi ensuite aurait tenté d'autre terrain ; ce qui est sûr maintenant, c'est que nous sommes d'accord pour cheminer ensemble sur les tracés de chacun : l'allée est lien ; donc de points, de centres, relatifs, d'instants, de diversités ponctuelles à communier ; les massifs "posés" en vrac sur le pré, dans le bois, isolés, décomposés de l’ensemble, à la façon d’un Brasilia, s’ils peuvent bien être lieu de vies, n’auront jamais la cohérence d’un pays, d’une forêt si les allées en restent aussi mortes que celles de Niemeyer ; pas d’allée, c’est un jardin immobile, un jardin de frileux, peureux, un jardin désensé puisque absent de l’élan d’aller, élan cause du mouvement cause du chemin, par volonté ou simple désir . . . de marcher, même sans but

L'allée ne se marche pas, elle se déambule. C'est ailleurs que l'on trace son chemin pour oublier la route, en marchant sur le bord, et pire sur le "bas-côté", tout près de la haie, pour mieux se frotter aux fantasmes d'une enfance, se frotter sans violer, juste chercher au bord de ce milieu ces peurs jouissives que le dedans apaisera plus tard. L'allée est lieu de rêve sans obstacle, même de jeu sans règle, et le chemin qu'elle dessine n'a que la forme de ses abords puisque l'allée est le lieu de l'homme, donc éphémère, lieu privilégié par le respect des privilèges alentour qui nous montrent bien que tunnel ou "Passage de la mer rouge", l'allée n'est pas lieu de vie, simplement lieu de repos de la vie par le jeu ou le rêve

Une allée c'est aussi bordé, d'arbres et arbustes plus ou moins haut, de fruits à grappiller, de fleurs à respirer, d'écorces à caresser ; l'allée nue, ouverte, sur les bas côté, est plutôt dite chemin ; on est sur le chemin en restant dans l'allée ; le chemin est masculin et l'allée féminine : logique, on n'imagine pas le mâle pénétrant le chemin dénudé de la montagne imberbe ; par contre, celui qui entre dans la forêt ou descend vers les profondeur de la vallée . . . même petite au milieu de la plaine, le dessin est trop facile ; comme il est trop facile de comprendre le désir de l'homme de vouloir en sortir et celui du poète de jouir d'y rester

 

pour courir au printemps à gorge déployée
s’y reposer l’été des ombres entrelacées
pour se perdre en automne de feuilles mélangées
s’endormir en hiver au cœur d’un bord embuissonné

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